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Publié le ven 04/06/2021 - 17:17
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L'éditorial de Venance Konan: Attention danger !

Crédit photo: L'éditorial de Venance Konan sur le terrorisme

Le 13 mars 2016, nous subissions notre premier attentat terroriste sur les plages de Grand-Bassam, avec au décompte une vingtaine de personnes tuées. Il y a moins de deux mois, la petite localité septentrionale de Kafolo a été attaquée, pour la seconde fois en moins d’un an, par des groupes terroristes.

Il a même été rapporté que dans un village de cette région, des terroristes ont réuni les habitants et leur ont demandé de ne plus collaborer avec les forces de défense ivoiriennes. Il devrait dès lors être évident pour nous tous que notre pays est dans le viseur des terroristes qui ont commencé à s’y installer. Les spécialistes de la lutte nous le répètent depuis longtemps : la Côte d’Ivoire est une cible de choix pour les « barbus », par sa situation géographique, du fait de ses liens très étroits avec la France et par son mode de vie. Les terroristes qui, tout en adorant leur dieu, ne dédaignent pas pour autant l’argent, surtout celui qui provient du trafic de cigarettes, d’armes, de drogue, voire d’êtres humains, rêvent de contrôler un pays disposant d’un port, ou tout au moins de contrôler un couloir qui part d’un port pour sortir du pays, afin de pouvoir écouler plus tranquillement les produits de leurs trafics. D’autre part, par notre mode de vie, nous sommes de vrais mécréants à leurs yeux et nous ne méritons que la mort. Et de plus, nous sommes les alliés de la France, le pays qui les combat farouchement dans le Sahel.

Chers compatriotes Ivoiriens ! Sachons-le dès à présent. Nous sommes en danger. Levons nos nez de nos nombrils et regardons ce que sont devenus, dans notre sous-région, des pays naguère aussi tranquilles, accueillants et où il faisait si bon vivre que le Mali, le Niger et le Burkina Faso. En allant un peu plus loin, regardons le nord-est du Nigeria, le nord-ouest du Cameroun, le Tchad. De larges pans de ces pays échappent totalement au contrôle des pouvoirs légaux. Pratiquement chaque jour, ce sont des dizaines de personnes qui perdent la vie, de façon totalement absurde, parce que personne n’est à même de décrypter la stratégie réelle des djihadistes, à part semer la terreur et la mort. Mais à quelle fin, en fin de compte ?

Mes chers frères et sœurs Ivoiriens, nous sommes en grand danger. Les djihadistes égorgeurs sont déjà présents dans le nord de notre pays, surtout dans la région de Kafolo. Et, comme ils l’ont déjà fait ailleurs, au Mali, au Niger et au Burkina Faso, ils commencent par la séduction. Ils se présentent comme étant au service de la veuve et de l’orphelin, distribuent beaucoup d’argent, et parfois suppléent l’État dans divers secteurs tels que la santé notamment. Et là où il n’y a pas d’école, ils construisent des écoles coraniques, où ils enseignent l’islam selon leur vision. Dès qu’ils ont le soutien ou tout au moins la sympathie de la population, ils montrent leur vrai visage. Au Mali, lorsque les djihadistes commencèrent à s’installer dans certaines régions du désert et proches des frontières pour s’y livrer à toutes sortes de trafics, de nombreux membres des forces de défense et de sécurité se battirent pour être affectés dans ces zones. Pas pour combattre cette criminalité, mais pour toucher ce qu’ils estimaient être leur part de ce que les djihadistes distribuaient généreusement. Lorsque les « fous de Dieu » et les rebelles touaregs décidèrent de conquérir tout le Mali, les éléments des forces de l’ordre qui se trouvaient à la frontière et à qui ils distribuaient de l’argent furent les premiers qu’ils égorgèrent. Selon des informations qui nous sont parvenues, le parc de la Comoé serait infesté par des orpailleurs parmi lesquels se trouveraient de nombreux djihadistes. Et certains agents de nos forces de défense et de sécurité se battraient pour être affectés dans cette zone, parce que ces orpailleurs seraient très généreux envers ces forces et certaines des autorités administratives de la région. Espérons que ce ne soit là que de simples rumeurs. Je le dis encore une fois, regardons ce que sont en train de devenir des pays frères comme le Mali, le Niger, le Burkina Faso, le Nigeria, le Cameroun, le Tchad. Est-ce ce que nous voulons pour notre pays ? Il est vrai que depuis quelques années, la seule valeur que bon nombre d’entre nous respectent dans ce pays est le dieu argent. Peu importe comment on l’acquiert, pourvu qu’il vienne en vitesse. Mais sachons qu’il y a de l’argent qui conduit à la mort en vitesse. En nous acoquinant avec ces assassins sans scrupule, nous prenons le risque de tuer notre pays en vitesse. La Côte d’Ivoire est réellement menacée et notre seule chance de gagner cette nouvelle guerre est notre solidarité, notre patriotisme, le vrai, et notre refus de certaines compromissions criminelles.

Il y a quelques années, la Mauritanie était aussi dans le viseur des djihadistes. Mais depuis quelque temps, ce pays semble épargné par cette gangrène. J’ai participé un jour à un séminaire au cours duquel un responsable mauritanien de la lutte contre le terrorisme expliquait comment ils en sont venus à bout. Simplement en obtenant la complicité des populations. Et ce responsable raconta leur méthode : « Régulièrement, nous chargeons des camions de vivres, de médicaments, de produits de première nécessité et nous allons dans les zones sensibles. Nous séjournons pendant des jours avec les populations, partageons leur quotidien, nouons des amitiés avec elles, leur faisons des cadeaux, et après notre départ, ce sont elles qui nous préviennent lorsque des personnes suspectes arrivent chez elles. » De l’autre côté, l’on nous a rapporté que si Boko Haram continue de sévir dans le nord-est du Nigeria, c’est parce que l’armée terrorise tellement les populations de ces régions qu’elles préfèrent adhérer à Boko Haram pour être protégées. C’est à nous de choisir entre les stratégies mauritanienne et nigériane

FratMat