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Publié le lun 28/06/2021 - 10:51
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L'éditorial de Venance Konan: Peut-on encore sauver le Mali ?

Crédit photo: Le mali toujours dans l'impasse

 

En mars 2012, alors que nous étions à un mois de l’élection présidentielle à laquelle le Président sortant, Amadou Toumani Touré (ATT), avait déjà annoncé qu’il ne serait pas candidat, et alors que le pays était sous la double menace des rebelles touareg du Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA) et des djihadistes d’Ansar Dine, les militaires maliens ont perpétré un coup d’État qui a renversé le Président.

Leur principal argument était qu’ils n’avaient pas les moyens de lutter contre les rebelles et les djihadistes. Et que croyez-vous qu’ils ont fait lorsqu’ils ont eu tous les leviers de l’Etat entre les mains ? Ils ont joui du pouvoir et ont laissé les populations se faire massacrer par les terroristes. Ces derniers étaient en train de foncer sur Bamako, en ne rencontrant aucune résistance devant eux, lorsqu’ils furent arrêtés par les forces dépêchées par la France. Lorsque plus tard le président français François Hollande se rendit au Mali, il reçut, de la part des Maliens reconnaissants envers lui de les avoir sauvés, un accueil si chaleureux qu’il lâcha qu’il vivait ce jour-là le moment le plus important de sa carrière politique.

A la fin de la transition militaire, qui subit plusieurs péripéties avec entre autres l’agression sauvage du président de transition Dioncounda Traoré dans ses bureaux, les Maliens élurent un nouveau Président, Ibrahim Boubakar Kéïta dit IBK en 2013. Ce dernier fut renversé l’année dernière le 18 août 2020 par un coup d’Etat militaire. Une transition a alors été mise sur pied pour conduire à des élections dans un délai de 18 mois. Un Président militaire retraité et un Premier ministre civil ont été nommés. Alors que les deux hommes venaient de former un nouveau gouvernement, ils ont été renversés hier par le chef de la junte militaire qui occupait le poste de vice-président. Parce que le Président et le Premier ministre auraient remplacé, sans son consentement, deux colonels qui lui sont proches par deux généraux qui, apparemment, ne lui sont pas aussi proches.

Lors du coup d’État contre ATT en 2012, les rebelles et les djihadistes se trouvaient à la frontière du pays. Aujourd’hui, au moment où ce coup d’État dans le coup d’État survient, les rebelles du MNLA occupent la ville de Kidal ainsi qu’une bonne partie du nord du Mali, et les djihadistes ont presque totalement infecté tout le pays, au point que les seuls endroits un peu sécurisés sont la capitale Bamako et ses environs. Au point aussi qu’il ne se passe pas un seul jour sans que l’on déplore des dizaines de morts dans le pays. Et la gangrène malienne a contaminé tous ses voisins, à savoir le Niger, le Burkina Faso et maintenant le nord de la Côte d’Ivoire où des djihadistes chercheraient à s’installer. Pendant que les militaires maliens disputent le pouvoir aux civils, les terroristes ont pris pratiquement le contrôle de tout leur pays. Et c’est sur les Tchadiens et les Français, que leurs intellectuels ne cessent d’insulter à longueur de journée, que tout le monde, y compris eux-mêmes, comptent pour sauver leur pays du naufrage. C’est à cause de l’incapacité des militaires maliens à vaincre les terroristes que toute l’Afrique a été obligée d’accepter le coup d’État du fils de Idriss Déby Itno au Tchad, suite au décès de son père. Puisqu’ils ne sont pas capables de protéger eux-mêmes leur pays et que l’on compte sur les Tchadiens pour faire ce travail à leur place, on est bien obligé de faire des concessions à ces derniers lorsqu’ils donnent des coups de couteau à la démocratie dans leur pays. C’est peut-être l’exemple tchadien qui a poussé les militaires maliens à renverser encore une fois le pouvoir légal. De quelle façon ont-ils fait reculer le terrorisme depuis qu’ils ont repris le pouvoir l’année dernière ? Ont-ils réussi à juguler les conflits interethniques qui font aussi couler beaucoup de sang dans le pays ?

La Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) laissera-t-elle les militaires maliens conduire leur pays dans le gouffre, avec le risque d’entraîner ses voisins ? Si certaines situations telles que celle du Tchad, qui est considéré comme le pivot de la lutte contre le terrorisme dans le Sahel, peuvent justifier que l’on fasse entorse à certains principes, il en est d’autres qui ne le sauraient. Nous sommes en train d’assister au troisième coup d’État au Mali en moins de dix ans et au deuxième, en moins d’une année. Le Mali est un très grand pays et les Maliens un peuple trop valeureux pour mériter cela. Il est temps d’y mettre le holà!

FratMat