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L'éditorial de Venance Konan: Le réconciliateur

 

On avait annoncé urbi et orbi que Laurent Gbagbo était le chaînon manquant, mais indispensable, de notre processus de réconciliation. Pas de réconciliation en Côte d’Ivoire tant que Laurent Gbagbo sera hors du pays, disait-on. Gbagbo est rentré. Où en sommes-nous ? Pour le moment, il a demandé le divorce d’avec Simone. Il est allé vanter les qualités de sa « petite femme » à ses parents. Il s’est rabiboché avec Henri Konan Bédié, puis l’a dribblé en allant saluer joyeusement le Président de la République, et maintenant il a abandonné son parti à Affi N’Guessan.

C’est-à-dire que le grand réconciliateur a été capable de se réconcilier avec Henri Konan Bédié et Alassane Ouattara, mais pas avec son épouse et son ancien Premier ministre à qui il avait confié son parti. Il a dit que si sur votre chemin vous rencontrez un obstacle, soit vous le contournez, soit vous le sautez. Affi serait-il un obstacle aussi important ? Pèse-t-il si lourd au Front populaire ivoirien (FPI) pour que Laurent Gbagbo abdique devant lui, et lui abandonne le parti qu’il a créé ? Et si le problème se trouvait ailleurs ? L’obstacle ne serait-il pas plutôt Simone ?

Depuis plus de dix ans, Laurent Gbagbo a fait savoir qu’il ne veut plus voir son épouse en peinture. On a vu comment il l’a humiliée à l’aéroport devant le monde entier, de retour au pays, dix ans après leur séparation forcée. Et sa première déclaration fut d’annoncer qu’il demandait le divorce d’avec elle. En réponse, elle remercia Dieu et le Président de la République d’avoir permis que lui, Laurent Gbagbo, soit libéré et regagne son pays. L’humiliation qu’elle a subie lui a permis de gagner les cœurs de nombreuses femmes et même de plusieurs hommes au sein du FPI. Elle est vice-présidente du parti, dont elle est l’un des membres fondateurs, et sa légitimité en son sein est au moins aussi grande que celle de Laurent Gbagbo. On dit même qu’elle est la véritable tête pensante, la stratège dans le duo qu’ils formaient. Pour tout dire, elle est pour Laurent Gbagbo un adversaire redoutable. Et, même si elle ne le laisse pas paraître, on peut parier que ce qui la lie actuellement au Woody de Mama est plus proche de la haine que de l’amour. Elle pourrait donc parfaitement lui disputer le leadership au sein du parti, et même la place de candidate à la prochaine élection présidentielle. Et elle pourrait gagner. Ce qui n’est pas le cas d’Affi N’guessan. S’il a la légalité pour lui, la légitimité est pour le moment à Laurent et Simone. Ainsi donc, en quittant le FPI pour créer son propre parti, Laurent quitte plutôt politiquement Simone après avoir rompu avec elle sur le plan conjugal et religieux, et accessoirement Affi N’guessan.

A mon humble avis, Laurent Gbagbo commet une erreur stratégique en créant ce nouveau parti. Je crains qu’il ne se soit surestimé. Il semble oublier qu’il n’est plus neuf, mais plutôt très usé aujourd’hui. En 1990, Houphouët-Boigny qui dirigeait le pays depuis trente ans était vieux et une bonne partie de la population aspirait à un changement. Et le fait de contester son pouvoir rendit Laurent Gbagbo populaire. Mais il lui fallut attendre 2000 pour arriver au pouvoir, et seulement en utilisant la ruse pour écarter ses principaux adversaires. Il a régné dix ans, et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il n’a pas beaucoup fait avancer le pays. Croit-il que le président brouillon et populiste qu’il fut hier, l’homme vieilli, fatigué, ayant du mal à marcher qu’il est aujourd’hui, puisse encore faire rêver beaucoup d’Ivoiriens ? Il a quitté le pouvoir depuis seulement dix ans et nous avons encore le souvenir de sa gestion calamiteuse du pays. Nous n’avons pas encore oublié le charnier de Yopougon découvert le jour de sa prise du pouvoir, les militantes du Rassemblement des républicains (RDR) battues et violées, l’assassinat de Robert Guéï, de sa femme et de leurs proches, l’assassinat manqué du président du RDR, les escadrons de la mort, les manifestants de l’opposition assassinés en 2004, la guerre qu’il déclencha en refusant de reconnaître sa défaite en 2010... Laurent Gbagbo dit aujourd’hui que sous son règne aucun leader politique n’a été emprisonné. Jean-Jacques Béchio qui fut arrêté pour avoir dit dans une cabine téléphonique « on est prêt » appréciera beaucoup.

Non, je ne crois pas qu’ils soient nombreux les Ivoiriens qui auraient envie de reprendre encore du Laurent Gbagbo. Mais on aura le temps de voir ce que donnera ce nouveau parti.

Et si Simone décidait d’adhérer au nouveau parti de Laurent Gbagbo ? Pourra-t-il l’en empêcher ? A priori non. Mais il pourrait décider de ne lui confier aucune responsabilité. Cependant, Simone Gbagbo étant Simone Gbagbo, c’est-à-dire avec son intelligence, son aura et la cote qu’elle a toujours au sein des militants du FPI, surtout depuis que Laurent multiplie les bourdes, elle pourrait parfaitement lui tailler des croupières dans ce nouveau parti. Terminons en reconnaissant une grande qualité à Laurent Gbagbo : avec lui, on ne s’ennuie jamais. Le « Gbagbonovelas » est plus passionnant que jamais.

On avait annoncé urbi et orbi que Laurent Gbagbo était le chaînon manquant, mais indispensable, de notre processus de réconciliation. Pas de réconciliation en Côte d’Ivoire tant que Laurent Gbagbo sera hors du pays, disait-on. Gbagbo est rentré. Où en sommes-nous ? Pour le moment, il a demandé le divorce d’avec Simone. Il est allé vanter les qualités de sa « petite femme » à ses parents. Il s’est rabiboché avec Henri Konan Bédié, puis l’a dribblé en allant saluer joyeusement le Président de la République, et maintenant il a abandonné son parti à Affi N’Guessan.

Fratmat

L’éditorial de Venance Konan : Ajoute ta haine à la mienne

Laurent Gbagbo est donc rentré et a annoncé la couleur. Il n’est pas venu réconcilier les Ivoiriens. Il est venu se réconcilier avec Henri Konan Bédié contre Alassane Ouattara. C’est cela la politique en Côte d’Ivoire depuis quelque temps. On ne se réconcilie pas tous en même temps, mais on le fait à deux contre un. Ou, pour être plus précis, on s’allie à deux contre un, celui qui est au pouvoir, dans l’espoir de le faire tomber.

C’est ainsi qu’en 1994, il y eut le Front républicain constitué du Front populaire ivoirien (FPI) et du Rassemblement des républicains (RDR), dans l’objectif de faire tomber Bédié qui était alors au pouvoir. Bédié finit par tomber en 1999, mais sous les coups de boutoir des militaires. Aussitôt le Front républicain se disloqua. Le FPI s’allia aux militaires pour barrer la route au RDR dans la course au pouvoir. Et il prit le pouvoir en écartant aussi le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) de la course et en roulant les militaires dans la farine. En 2010, c’est le RDR et le PDCI qui s’allièrent dans le cadre du Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP) pour faire tomber le FPI.

Laurent Gbagbo battu, le RHDP prit le pouvoir. Mais le malentendu vint de ce que le PDCI estima que le RDR se taillait la part du lion dans le partage du gâteau et que ce dernier devait lui laisser la place en 2020. Le fameux « Appel de Daoukro » de 2014 n’avait pas d’autre objectif que de demander au président Ouattara de céder la place à Henri Konan Bé-dié en 2020. Certains pensèrent que Bédié voulait simplement que le candidat du RHDP à la présidentielle de 2020 et successeur de M. Ouattara soit issu du PDCI. Non, il voulait que ce soit lui. D’ailleurs, les problèmes de Daniel Kablan Duncan au sein du PDCI commencèrent lorsqu’il fut désigné vice-président et donc dauphin constitutionnel du président de la République.

De nombreuses personnes virent en lui le futur candidat du RHDP. Et le divorce ne survint pas parce que le président du PDCI refusait que son parti soit phagocyté par le RHDP comme on a pu l’entendre ici et là, mais bien parce que Bédié n’avait pas été soutenu par le président Ouattara dans sa volonté de revenir au pouvoir. Et du coup, la grande fraternité qui unissait les deux hommes se mua en haine chez Bédié, au point que le nom Ouattara (Alassane et Dominique) qui avait été donné à une avenue et une place à Daoukro, fut enlevé. Même la plaque qui indiquait que le château d’eau du village de Pépressou, village du président Bédié, a été construit grâce au « programme présidentiel d’urgence » (PPU) fut aussi enlevé.

Que le nouvel allié de Bédié réfléchisse bien, si des cadeaux lui sont offerts à Daoukro. Ses partisans de Daoukro, eux, n’ont pas encore oublié qu’ils furent pourchassés, qu’un chef du village fut destitué et vit ses biens incendiés pour avoir soutenu le FPI et son patron. On dit que la présidentielle de Côte d’Ivoire se gagne à deux contre un. Cela s’est vérifié en 2010, lorsque le RDR et le PDCI se sont mis ensemble. Et ils sont nombreux à croire qu’il en sera toujours ainsi. Alors, au nom de cette loi, Bédié cherche désespérément un allié depuis qu’il a quitté M. Ouattara. Lorsque Gbagbo n’était pas encore acquitté par la Cour pénale internationale et que son retour au pays était très improbable, Guillaume Soro qui était en rupture de ban avec Ouattara apparut comme l’allié idéal. Il fut donc reçu en grande pompe à Daoukro.

Pour l’occasion, Henri Konan Bédié esquissa même des pas de danse en public, ce qui est très rare chez lui. Mais les données ont changé. Soro a pris la route de l’exil et Gbagbo est rentré de son exil. Il devient du coup le nouvel allié idéal. Exit donc Soro dont on ne prononce plus le nom, et tapis rouge, fanfare et veau gras pour Gbagbo l’enfant prodigue. Tant que tu hais l’autre et que tu peux ajouter ta haine à la mienne, nous sommes faits pour nous entendre. Et la haine, on peut dire que Gbagbo est venu le cœur plein de cela. Au point qu’il a oublié tous ses militants, ceux qui sont morts pour lui à l’ouest, dans la région de Duékoué, ceux qui sont en prison, encore en exil, qui ont battu le pavé pour lui, bravé les hivers et les distances pour aller le soutenir à la Haye. Non, aucun mot pour eux.

Il est venu avec son épée en main, contre Ouattara. Et le vieux Sphinx de Daoukro ne peut que l’intéresser. ‘’Atoh, prête-moi ta palabre ! ‘’Non, que M. Bédié ne se leurre pas. Gbagbo ne va pas se battre pour lui. Il va se servir de sa haine contre Ouattara pour étancher la sienne. On ne va pas nous faire croire que leur rencontre de Bruxelles puis de Daoukro ont levé soudainement les contentieux entre eux. Je doute fort que Gbagbo ait oublié que l’alliance Bédié-Ouattara lui a fait perdre le pouvoir. Bédié a soutenu fermement le transfèrement de Gbagbo à la Haye, et avant que le divorce n’intervienne entre lui et Ouattara, il estimait que la place de Gbagbo était en prison. Non, Gbagbo n’a pas la mémoire si courte et le pardon si facile. Que Bédié l’aide à faire tomber Ouattara, oui. Mais pour le reste, si cela advenait, on aurait le temps de savoir qui de Bédié et de Gbagbo est le meilleur boulanger.

Fratmat

L'éditorial de Venance Konan: AGC


C’est en avril ou mai 2019 que mon ami Zyad Limam, patron du journal Afrique Magazine, dont j’avais été le correspondant pendant de longues années avant de prendre la tête de Fraternité Matin, me parla de la possibilité de faire un livre avec le Premier Ministre Amadou Gon Coulibaly. Ce dernier avait envie d’écrire son histoire, de se raconter, et il avait besoin de mains d’auteurs pour l’aider dans cette tâche. Il le dit lui-même dès nos premières rencontres : écrire n’est pas donné à tout le monde et se raconter soi-même est encore plus difficile pour celui dont l’écriture n’est pas l’activité principale. Il avait donc besoin de se raconter à des personnes dont écrire était justement le métier afin qu’ils couchent proprement ses paroles sur le papier. Zyad connaissait le Premier ministre depuis plus longtemps que moi et je peux dire qu’ils étaient des amis. Pour ma part j’avais eu seulement deux occasions de le rencontrer, l’une, en 2008, à l’occasion d’un reportage que je faisais sur Korhogo dont il était le maire, pour Afrique Magazine, et l’autre, dans un café à Paris, toujours la même année, à l’occasion d’un article que j’écrivais sur Alassane Ouattara qui n’était alors que le président du RDR et le candidat de ce parti à l’élection présidentielle de 2010, toujours pour le compte d’Afrique Magazine.

L’aventure du livre a commencé en septembre 2019. Zyad venait de Paris, et nous passions de longues heures dans le bureau du Premier ministre ou à son domicile, et durant ce temps, seuls les appels du Chef de l’Etat pouvaient nous déranger. Vers la fin, il est arrivé que Zyad ne puisse pas venir et que je le rencontre seul, pour préciser certains détails, poser quelques questions oubliées. Ces huis-clos m’ont permis de connaître un Amadou Gon Coulibaly que je ne soupçonnais pas, un homme à la fois très chaleureux et très réservé, passionné par son pays, son terroir, sa famille, son travail, et surtout fasciné par un autre homme, Alassane Ouattara, à qui il vouait une vraie dévotion. J’ai découvert aussi un grand amoureux de reggae et de la musique de balafon, comme l’était son père, qui fut lui aussi ingénieur et homme politique. Amadou Gon Coulibaly savait être drôle lorsqu’il racontait certaines anecdotes, et mordant lorsqu’il parlait de ses adversaires politiques. Pendant ces huis-clos, Amadou Gon Coulibaly qui était légèrement moins âgé que moi, nous a raconté son enfance, son adolescence, ses années d’université en France, et ses premiers pas dans la vie active. Ces années-là étaient aussi celles de mon époque, celles de la Côte d’Ivoire qui venait de recouvrer son indépendance politique. Lorsqu’Amadou Gon Coulibaly nous parlait de la grande grève à laquelle il avait participé du temps où il était au lycée, de son amour pour Bob Marley, de ses lectures et de ses engagements d’étudiant, je partageais les mêmes souvenirs et la même nostalgie que lui.

La rencontre qui changera le cours de sa vie fut celle d’Alassane Ouattara, alors qu’il était jeune cadre aux « Grands travaux », comme on appelait alors le Bureau national d’études technique pour le développement (BNETD). Pour lui, il s’engagea en politique, et eut la carrière que l’on lui connait. Amadou Gon Coulibaly a suivi Alassane Ouattara jusqu’à la tête de l’Etat. Mais avant ce dénouement, il avait connu tous les aléas du combat politique en Afrique, à savoir la prison, l’exil, la mort de certains compagnons de lutte... La mort, justement, il la frôla de près, non pas du fait de la politique, mais plutôt à cause d’un cœur défaillant. Et grâce à Alassane Ouattara qui était devenu véritablement un nouveau père pour lui, il put changer de cœur et revenir à la vie. Amadou Gon nous a raconté tout cela au cours de ces intenses huis-clos. Il nous a aussi raconté sa vision pour la Côte d’Ivoire, pour l’Afrique. Il nous a même ouvert une petite lucarne sur sa vie privée.

J’allai rejoindre Zyad à Paris en février 2020 pour raffiner si j’ose dire le matériau brut que nous avions. Je revins de Paris le 29 février. Je croisai le Premier ministre à l’aéroport. Il était venu chercher quelqu’un. J’allai le saluer et il me demanda si le travail avait bien avancé. Je le rassurai et il me dit « à bientôt ». Peu de temps après, il fut désigné candidat de son parti pour l’élection présidentielle. Avait-il entrepris d’écrire ce livre dans cette optique ? Nous lui avions posé la question mais il n’y avait pas répondu. Plus tard il eut un malaise et repartit en France. Zyad l’y rencontra à sa sortie d’hôpital. Il avait annoté le premier jet du texte que nous lui avions remis. Zyad m’envoya un message enthousiaste pour me dire que nous allions pouvoir avancer sur le livre. Il faut dire que son hospitalisation nous avait vraiment fait peur. Le « Boss », comme nous appelions Amadou Gon Coulibaly était pressé que le livre sorte. Il nous restait à ajouter la dernière séquence, à savoir sa gestion de la Covid 19 qui l’avait un temps confiné chez lui, et sa dernière hospitalisation. Il est revenu de Paris le 2 juillet 2020. Il est allé à son Conseil des ministres le mercredi 8 juillet. Je devais le rencontrer le samedi suivant. Il est mort ce mercredi du mois de juillet 2020. Un an après, nous vous présentons le livre d’Amadou Gon Coulibaly, tel qu’il s’est raconté lui-même.

Fratmat

L'éditorial de Venance Konan: Attention danger !

Le 13 mars 2016, nous subissions notre premier attentat terroriste sur les plages de Grand-Bassam, avec au décompte une vingtaine de personnes tuées. Il y a moins de deux mois, la petite localité septentrionale de Kafolo a été attaquée, pour la seconde fois en moins d’un an, par des groupes terroristes.

Il a même été rapporté que dans un village de cette région, des terroristes ont réuni les habitants et leur ont demandé de ne plus collaborer avec les forces de défense ivoiriennes. Il devrait dès lors être évident pour nous tous que notre pays est dans le viseur des terroristes qui ont commencé à s’y installer. Les spécialistes de la lutte nous le répètent depuis longtemps : la Côte d’Ivoire est une cible de choix pour les « barbus », par sa situation géographique, du fait de ses liens très étroits avec la France et par son mode de vie. Les terroristes qui, tout en adorant leur dieu, ne dédaignent pas pour autant l’argent, surtout celui qui provient du trafic de cigarettes, d’armes, de drogue, voire d’êtres humains, rêvent de contrôler un pays disposant d’un port, ou tout au moins de contrôler un couloir qui part d’un port pour sortir du pays, afin de pouvoir écouler plus tranquillement les produits de leurs trafics. D’autre part, par notre mode de vie, nous sommes de vrais mécréants à leurs yeux et nous ne méritons que la mort. Et de plus, nous sommes les alliés de la France, le pays qui les combat farouchement dans le Sahel.

Chers compatriotes Ivoiriens ! Sachons-le dès à présent. Nous sommes en danger. Levons nos nez de nos nombrils et regardons ce que sont devenus, dans notre sous-région, des pays naguère aussi tranquilles, accueillants et où il faisait si bon vivre que le Mali, le Niger et le Burkina Faso. En allant un peu plus loin, regardons le nord-est du Nigeria, le nord-ouest du Cameroun, le Tchad. De larges pans de ces pays échappent totalement au contrôle des pouvoirs légaux. Pratiquement chaque jour, ce sont des dizaines de personnes qui perdent la vie, de façon totalement absurde, parce que personne n’est à même de décrypter la stratégie réelle des djihadistes, à part semer la terreur et la mort. Mais à quelle fin, en fin de compte ?

Mes chers frères et sœurs Ivoiriens, nous sommes en grand danger. Les djihadistes égorgeurs sont déjà présents dans le nord de notre pays, surtout dans la région de Kafolo. Et, comme ils l’ont déjà fait ailleurs, au Mali, au Niger et au Burkina Faso, ils commencent par la séduction. Ils se présentent comme étant au service de la veuve et de l’orphelin, distribuent beaucoup d’argent, et parfois suppléent l’État dans divers secteurs tels que la santé notamment. Et là où il n’y a pas d’école, ils construisent des écoles coraniques, où ils enseignent l’islam selon leur vision. Dès qu’ils ont le soutien ou tout au moins la sympathie de la population, ils montrent leur vrai visage. Au Mali, lorsque les djihadistes commencèrent à s’installer dans certaines régions du désert et proches des frontières pour s’y livrer à toutes sortes de trafics, de nombreux membres des forces de défense et de sécurité se battirent pour être affectés dans ces zones. Pas pour combattre cette criminalité, mais pour toucher ce qu’ils estimaient être leur part de ce que les djihadistes distribuaient généreusement. Lorsque les « fous de Dieu » et les rebelles touaregs décidèrent de conquérir tout le Mali, les éléments des forces de l’ordre qui se trouvaient à la frontière et à qui ils distribuaient de l’argent furent les premiers qu’ils égorgèrent. Selon des informations qui nous sont parvenues, le parc de la Comoé serait infesté par des orpailleurs parmi lesquels se trouveraient de nombreux djihadistes. Et certains agents de nos forces de défense et de sécurité se battraient pour être affectés dans cette zone, parce que ces orpailleurs seraient très généreux envers ces forces et certaines des autorités administratives de la région. Espérons que ce ne soit là que de simples rumeurs. Je le dis encore une fois, regardons ce que sont en train de devenir des pays frères comme le Mali, le Niger, le Burkina Faso, le Nigeria, le Cameroun, le Tchad. Est-ce ce que nous voulons pour notre pays ? Il est vrai que depuis quelques années, la seule valeur que bon nombre d’entre nous respectent dans ce pays est le dieu argent. Peu importe comment on l’acquiert, pourvu qu’il vienne en vitesse. Mais sachons qu’il y a de l’argent qui conduit à la mort en vitesse. En nous acoquinant avec ces assassins sans scrupule, nous prenons le risque de tuer notre pays en vitesse. La Côte d’Ivoire est réellement menacée et notre seule chance de gagner cette nouvelle guerre est notre solidarité, notre patriotisme, le vrai, et notre refus de certaines compromissions criminelles.

Il y a quelques années, la Mauritanie était aussi dans le viseur des djihadistes. Mais depuis quelque temps, ce pays semble épargné par cette gangrène. J’ai participé un jour à un séminaire au cours duquel un responsable mauritanien de la lutte contre le terrorisme expliquait comment ils en sont venus à bout. Simplement en obtenant la complicité des populations. Et ce responsable raconta leur méthode : « Régulièrement, nous chargeons des camions de vivres, de médicaments, de produits de première nécessité et nous allons dans les zones sensibles. Nous séjournons pendant des jours avec les populations, partageons leur quotidien, nouons des amitiés avec elles, leur faisons des cadeaux, et après notre départ, ce sont elles qui nous préviennent lorsque des personnes suspectes arrivent chez elles. » De l’autre côté, l’on nous a rapporté que si Boko Haram continue de sévir dans le nord-est du Nigeria, c’est parce que l’armée terrorise tellement les populations de ces régions qu’elles préfèrent adhérer à Boko Haram pour être protégées. C’est à nous de choisir entre les stratégies mauritanienne et nigériane

FratMat

L'éditorial de Venance Konan: Peut-on encore sauver le Mali ?

 

En mars 2012, alors que nous étions à un mois de l’élection présidentielle à laquelle le Président sortant, Amadou Toumani Touré (ATT), avait déjà annoncé qu’il ne serait pas candidat, et alors que le pays était sous la double menace des rebelles touareg du Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA) et des djihadistes d’Ansar Dine, les militaires maliens ont perpétré un coup d’État qui a renversé le Président.

Leur principal argument était qu’ils n’avaient pas les moyens de lutter contre les rebelles et les djihadistes. Et que croyez-vous qu’ils ont fait lorsqu’ils ont eu tous les leviers de l’Etat entre les mains ? Ils ont joui du pouvoir et ont laissé les populations se faire massacrer par les terroristes. Ces derniers étaient en train de foncer sur Bamako, en ne rencontrant aucune résistance devant eux, lorsqu’ils furent arrêtés par les forces dépêchées par la France. Lorsque plus tard le président français François Hollande se rendit au Mali, il reçut, de la part des Maliens reconnaissants envers lui de les avoir sauvés, un accueil si chaleureux qu’il lâcha qu’il vivait ce jour-là le moment le plus important de sa carrière politique.

A la fin de la transition militaire, qui subit plusieurs péripéties avec entre autres l’agression sauvage du président de transition Dioncounda Traoré dans ses bureaux, les Maliens élurent un nouveau Président, Ibrahim Boubakar Kéïta dit IBK en 2013. Ce dernier fut renversé l’année dernière le 18 août 2020 par un coup d’Etat militaire. Une transition a alors été mise sur pied pour conduire à des élections dans un délai de 18 mois. Un Président militaire retraité et un Premier ministre civil ont été nommés. Alors que les deux hommes venaient de former un nouveau gouvernement, ils ont été renversés hier par le chef de la junte militaire qui occupait le poste de vice-président. Parce que le Président et le Premier ministre auraient remplacé, sans son consentement, deux colonels qui lui sont proches par deux généraux qui, apparemment, ne lui sont pas aussi proches.

Lors du coup d’État contre ATT en 2012, les rebelles et les djihadistes se trouvaient à la frontière du pays. Aujourd’hui, au moment où ce coup d’État dans le coup d’État survient, les rebelles du MNLA occupent la ville de Kidal ainsi qu’une bonne partie du nord du Mali, et les djihadistes ont presque totalement infecté tout le pays, au point que les seuls endroits un peu sécurisés sont la capitale Bamako et ses environs. Au point aussi qu’il ne se passe pas un seul jour sans que l’on déplore des dizaines de morts dans le pays. Et la gangrène malienne a contaminé tous ses voisins, à savoir le Niger, le Burkina Faso et maintenant le nord de la Côte d’Ivoire où des djihadistes chercheraient à s’installer. Pendant que les militaires maliens disputent le pouvoir aux civils, les terroristes ont pris pratiquement le contrôle de tout leur pays. Et c’est sur les Tchadiens et les Français, que leurs intellectuels ne cessent d’insulter à longueur de journée, que tout le monde, y compris eux-mêmes, comptent pour sauver leur pays du naufrage. C’est à cause de l’incapacité des militaires maliens à vaincre les terroristes que toute l’Afrique a été obligée d’accepter le coup d’État du fils de Idriss Déby Itno au Tchad, suite au décès de son père. Puisqu’ils ne sont pas capables de protéger eux-mêmes leur pays et que l’on compte sur les Tchadiens pour faire ce travail à leur place, on est bien obligé de faire des concessions à ces derniers lorsqu’ils donnent des coups de couteau à la démocratie dans leur pays. C’est peut-être l’exemple tchadien qui a poussé les militaires maliens à renverser encore une fois le pouvoir légal. De quelle façon ont-ils fait reculer le terrorisme depuis qu’ils ont repris le pouvoir l’année dernière ? Ont-ils réussi à juguler les conflits interethniques qui font aussi couler beaucoup de sang dans le pays ?

La Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) laissera-t-elle les militaires maliens conduire leur pays dans le gouffre, avec le risque d’entraîner ses voisins ? Si certaines situations telles que celle du Tchad, qui est considéré comme le pivot de la lutte contre le terrorisme dans le Sahel, peuvent justifier que l’on fasse entorse à certains principes, il en est d’autres qui ne le sauraient. Nous sommes en train d’assister au troisième coup d’État au Mali en moins de dix ans et au deuxième, en moins d’une année. Le Mali est un très grand pays et les Maliens un peuple trop valeureux pour mériter cela. Il est temps d’y mettre le holà!

FratMat

L'éditorial de Venance Konan: Recomposition

Dans quelques jours, quelques semaines ou quelques mois, Laurent Gbagbo qui a été éloigné du pays pendant une dizaine d’années reviendra retrouver son allié Bédié et ensemble ils essaieront de déloger M. Ouattara du palais présidentiel. Contrairement aux scénarios précédents dans lesquels l’on se retrouvait dans l’opposition malgré soi, cette fois-ci, M. Bédié est devenu opposant de son plein gré. Enfin, façon de parler.

A la suite d’un calcul alambiqué dont lui seul, ses conseillers et peut-être ses féticheurs ont le secret, il s’est persuadé qu’il pourrait revenir au pouvoir en 2020. Il avait espéré que par la grâce de « l’appel de Daoukro » qu’il avait lancé en 2014, M. Ouattara lui aurait servi ce pouvoir sur un plateau. Mais lorsque cela n’a pas été possible, il a choisi de faire cavalier seul. En 2020, il avait espéré que le boycott actif et l’étrange « Comité national de transition » qu’il avait mis sur pied avec ses alliés lui permettrait de conquérir ce pouvoir sans passer par la case élection, mais il avait subi un cinglant échec. Il y avait cependant cru dur comme fer, et en avait persuadé plusieurs de ses partisans dont certains n’ont pas hésité à user de violence, sûrs qu’ils étaient que le pouvoir qu’ils allaient bientôt arracher leur conférerait une certaine immunité. Ils sont encore nombreux, surtout dans sa région natale, à s’accrocher encore à l’illusion d’un retour prochain de M. Bédié au pouvoir.

En attendant ce grand jour, il faudra à M. Bédié composer avec la nouvelle configuration de la scène politique et son nouvel allié Laurent Gbagbo. Actuellement, le pouvoir est solidement tenu par le Rassemblement des Houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP), qui a remporté la présidentielle et les législatives et contrôle le Sénat et les régions. Il n’a pas besoin d’alliance pour gouverner. Les partis de MM. Bédié et Gbagbo sont donc partis pour être dans l’opposition jusqu’en 2025 au moins.

Pourront-ils tenir jusque-là ? Bien sûr, ils pourront toujours rêver de tous les scénarios possibles qui chasseraient le RHDP du pouvoir, mais du rêve à la réalité, le chemin est parfois long. Si certains parmi eux s’accrochent encore à des chimériques révolutions ou pronunciamientos, ils sont tout de même nombreux à être redescendus sur terre. Les partisans de Laurent Gbagbo viennent de passer plus de dix ans dans l’opposition, en exil pour bon nombre d’entre eux. Les suiveurs de Bédié, eux, sont dans l’opposition depuis 2018. Ils avaient plus ou moins vécu la vie d’opposants pendant le règne de Gbagbo, mais ils ont participé au pouvoir après les accords de Linas Marcoussis en 2003. Sont-ils tous prêts à être éloignés du pouvoir encore cinq ans ? Certainement, puisqu’ils ont avec eux leur inébranlable foi militante et la ferme conviction que Dieu ne les abandonnera pas. N’est-ce pas à eux que ce dernier parle régulièrement à travers de prétendus « hommes de Dieu » ? Mais trêve de plaisanterie. La politique chez nous a aussi pour fonction de nourrir son homme ou sa femme. Oui, la politique dans nos pays permet de se hisser sur l’échelle sociale et être dans l’opposition, c’est perdre beaucoup d’avantages ou même le moyen principal d’existence.

A priori, les principaux chefs de notre opposition n’ont pas de soucis à se faire. Pour le gros de leurs suiveurs, rien ne changera non plus, qu’ils soient au pouvoir ou pas, qu’ils y participent ou pas, à part la satisfaction de voir que les « autres » ne sont plus au pouvoir. Mais il en va autrement de la classe de ceux qui aspirent à être assis à la table du Conseil des Ministres le mercredi ou dans les environs, c’est-à-dire à des postes où l’on peut jouir de grosses voitures et de salaires conséquents.

Or ces rêves ne deviennent réalité qu’en étant dans le sillage du pouvoir. Les opposants actuels qui ont déjà eu à exercer le pouvoir savent ce que c’est que d’être au pouvoir ou d’y participer. Combien d’entre eux résisteront aux éventuels chants de sirènes ? Est-ce pour anticiper ces probables défections dans ses rangs que M. Bédié ne cesse de réaménager la direction de son parti (PDCI) qu’il dirige d’une main de fer ? Apparemment, son objectif serait, entre autres, de se débarrasser de Maurice Kakou Guikahué à qui il reprocherait sa gestion du boycott actif et beaucoup d’autres choses. En attendant, le parti n’a cessé de rétrécir pour se recroqueviller sur le « V baoulé ». Affaire à suivre.

L’autre équation à résoudre est de savoir qui sera le chef de l’opposition lorsque Laurent Gbagbo sera de retour. Bédié et lui ont déjà exercé le pouvoir suprême. Mais Gbagbo a l’aura du martyr qui a passé « indûment » dix ans en prison. Et Bédié n’a pas été étranger à son incarcération dont il s’était publiquement réjoui.

Les partisans de Gbagbo qui ne sont pas dupes savent que si Bédié est allé voir ce dernier à Bruxelles, c’était dans l’intention de se servir de lui comme marchepied pour accéder à nouveau au pouvoir. S’ils seraient prêts à s’allier à ceux de Bédié pour bousculer Ouattara, il est certain qu’ils ne se battront pas pour hisser le Sphinx au pouvoir. Affaire à suivre

Frat Mat

L'éditorial de Venance Konan: Ils n’ont rien fait...

 

A l’annonce de l’acquittement de Laurent Gbagbo et de Blé Goudé de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre, la question a été posée de savoir qui, en fin de compte, est responsable des trois mille morts évoqués par les Nations unies. Il a aussi été question, ai-je lu quelque part, des avantages d’ancien Chef d’État et d’ancien ministre que réclameraient MM. Gbagbo et Goudé. Il convient, à mon avis, de rappeler le contexte de toute cette affaire, avant de tenter de répondre à ces questions. Oui, il est important de ne pas perdre la mémoire. Dieu merci, nous sommes encore nombreux à avoir été acteurs ou témoins de cette histoire, qui n’est pas si vieille.

Après le second tour de l’élection présidentielle de 2010, la Commission électorale indépendante (Cei) avait proclamé M. Alassane Ouattara vainqueur. Aussitôt, le président du Conseil constitutionnel Paul Yao N’Dré se précipita à la télévision pour les contester. Et deux jours plus tard, il revint pour annoncer de nouveaux résultats qui donnaient cette fois-ci M. Laurent Gbagbo vainqueur. Quelques jours plus tard, M. Y. J. Choi, le Représentant spécial du Secrétaire général des Nations unies, vint annoncer que les vrais résultats étaient ceux donnés par la Cei. Rappelons que quelques années plus tôt, devant le manque de confiance entre les acteurs politiques ivoiriens, ils avaient tous signé à Pretoria un accord qui demandait au Représentant du Secrétaire général des Nations unies de certifier les résultats des élections. En clair, c’est lui qui avait le dernier mot. D’ailleurs, pour convoquer le collège électoral au second tour de l’élection présidentielle, le Président Gbagbo avait évoqué la validation du premier tour par M. Choi. Jusqu’à ce jour, pour les partisans de Laurent Gbagbo, seuls les résultats donnés par le président du Conseil constitutionnel comptaient, même si pour les obtenir ce dernier avait carrément tordu le cou au droit.

Malgré la certification des résultats, Laurent Gbagbo avait refusé de les reconnaître et avait organisé son investiture en tant que Président de la République. C’est à partir de ce jour que l’Onuci avait commencé à compter les morts. MM. Ouattara, Bédié et quelques-uns de leurs partisans avaient dû se réfugier à l’hôtel du Golf sous la protection de l’Onu, pendant que tous ceux qui se réclamaient d’eux étaient traqués dans la ville d’Abidjan. Plusieurs missions de médiation, parmi lesquelles des Chefs d’État, furent envoyées en Côte d’Ivoire pour chercher à comprendre la situation, mais rien n’y fit. Toutes ces médiations aboutirent à la conclusion que le vainqueur de l’élection était bel et bien M. Alassane Ouattara. Mais Laurent Gbagbo refusa de quitter le pouvoir. Même le Président des États-Unis l’invita à venir s’installer dans son pays, sans succès. Pendant ce temps, les morts s’accumulaient. Les milices traquaient les partisans de MM. Ouattara et Bédié, enlevaient des personnes pour aller les exécuter, brûlaient vives certaines autres. On abattit trois enfants devant leur père impuissant. L’armée tira à l’arme lourde sur un marché et sur des femmes qui marchaient pacifiquement. En désespoir de cause, les Forces nouvelles de Guillaume Soro quittèrent leurs positions du nord pour descendre sur Abidjan.

L’Onu autorisa les forces françaises à détruire les armes lourdes de Laurent Gbagbo, ce qui permit son arrestation et la fin des hostilités. Il ne s’agit donc pas, comme a tenté de le faire croire un chroniqueur d’une radio internationale, d’une opposition qui aurait choisi la voie de la violence contre un Président élu, plutôt que d’attendre sagement les prochaines échéances électorales. Dans le cas d’espèce, il s’agissait d’un Président battu dans les urnes devant le monde entier et qui voulait à tout prix se maintenir au pouvoir au prix du sang de son peuple. Les assassinats ciblés ne sont tout de même pas une vue de l’esprit ! Qui pouvait accepter cela ? Où pouvait-on accepter cela ? Nulle part au monde. Ce n’est pas parce que la procureure de la Cpi n’a pas pu réunir suffisamment de preuves de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre à l’encontre de MM. Gbagbo et Goudé que nous allons dire que ce qui s’est passé sous nos yeux n’a pas existé ! Alors, qui est responsable des 3000 morts ? C’est indubitablement celui qui a provoqué cette guerre, à savoir Laurent Gbagbo.

Jusqu’à ce que les Forces de Guillaume Soro entrent en action, c’étaient bien les forces contrôlées par Laurent Gbagbo et Blé Goudé qui semaient la terreur dans la ville d’Abidjan. Ce n’est quand même pas un hasard si ces deux hommes ont été emmenés devant la Cpi. Si Laurent Gbagbo avait respecté le verdict des urnes, aucun coup de feu n’aurait été tiré et il aurait tranquillement joui de son statut d’ancien Chef d’État. Quant à Blé Goudé, il n’a été que le ministre d’un gouvernement totalement illégal.

Depuis dix ans, l’on parle d’une justice qui serait injuste, puisqu’elle ne poursuivrait qu’un seul camp. Il est bon de savoir qu’à la fin d’une guerre, c’est celui qui l’a provoquée et qui a été vaincu qui est jugé. Après la seconde guerre mondiale, ce sont les Allemands et les Japonais qui ont été jugés. Et pourtant, en Europe, les Alliés ont déversé des tonnes de bombes sur l’Allemagne, tuant ainsi des milliers de personnes innocentes. C’était le prix à payer pour vaincre Hitler. Au Japon, les Américains ont largué deux bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki, tuant là aussi des milliers de civils. Les Américains n’ont jamais été jugés pour cela.

Aujourd’hui, nous rêvons d’une vraie réconciliation entre tous les enfants de ce pays. Et au nom de cette réconciliation, beaucoup de péchés peuvent être pardonnés ; mais nous ne devons pas pour autant oublier notre histoire récente ou la travestir.

Frat Mat

L'éditorial de Venance Konan : Yako, Monsieur le Président !


Lorsque Amadou Gon Coulibaly et Hamed Bakayoko vivaient, ils étaient nombreux les Ivoiriens qui les voyaient comme les deux enfants chéris du Président de la République, ses successeurs potentiels. Les deux hommes avaient été parmi les premiers collaborateurs du Président de la République lorsqu’il fut nommé Premier ministre de la Côte d’Ivoire par le Président Houphouët-Boigny, en 1990.

Amadou Gon Coulibaly fut l’un des premiers à intégrer le cabinet du nouveau Premier ministre en tant que conseiller technique, tandis que Hamed Bakayoko dirigeait le journal « Le Patriote » qui soutenait l’action du gouvernement et ferraillait contre les opposants. Les deux hommes sont restés aux côtés d’Alassane Ouattara tout au long de son combat pour accéder au poste de Président de la République. Les deux hommes ont fait la prison en raison de leur engagement politique aux côtés de leur mentor.

Devenu Président de la République, c’est tout logiquement qu’Alassane Ouattara a nommé ces deux fidèles parmi les plus fidèles à des postes clés. Amadou Gon Coulibaly est devenu ministre d’État, secrétaire général de la Présidence, et Hamed Bakayoko, ministre d’État, ministre de l’Intérieur et de la Sécurité. Le premier est devenu par la suite Premier ministre, tandis que le second prenait les commandes de la Défense, au moment où des mutineries à répétition commençaient à gangrener notre armée.

Lorsque le Président a décidé de ne plus briguer un troisième mandat, le choix fut porté sur Amadou Gon Coulibaly pour assurer son héritage politique. Lorsque la mort emporta ce dernier, Hamed Bakayoko monta en grade et devint Premier ministre. Ils furent nombreux, les Ivoiriens qui le virent comme le futur successeur d’Alassane Ouattara. Parce que Hamed Bakayoko était très populaire, il avait réussi toutes les missions que le Chef de l’État lui avait confiées, ce qui témoignait d’un sens politique très aigu, et parce qu’il était l’un des hommes de confiance du Président de la République. Oui, la notion de confiance est très importante dans la transmission du pouvoir au sein de la même famille politique.

Hamed est tombé à son tour, les armes à la main. Et nous le pleurons ce jour. Comme nous pleurions Amadou Gon Coulibaly il y a quelques mois. Toute la Côte d’Ivoire te pleure, Hamed ! Toute la Côte d’Ivoire te rendra l’hommage que tu mérites, ce matin au Palais de la présidence et ensuite au stade Alassane Ouattara d’Ebimpé. Tes amis artistes, ces artistes que tu as tant aimés, seront là pour t’accompagner vers cet orient éternel avec leurs plus belles mélopées.

Cruel sort que celui qui vous est fait, Monsieur le Président, vous qui perdez un autre fils. A vous aussi, je citerai ces quelques vers tirés du célèbre poème « Si » du Britannique Rudyard Kipling : « Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie, et sans dire un seul mot te remettre à rebâtir, ou perdre en un seul coup le gain de cent parties, sans un geste et sans un soupir... » Monsieur le Président, vous êtes la boussole de millions de vos concitoyens. C’est votre force qui leur donne la leur. C’est votre capacité à résister aux pires épreuves de la vie qui donne sens à leur vie et les maintient debout. Vous venez de perdre deux hommes qui vous étaient très chers, qui nous étaient aussi très chers. Mais vous avez des millions d’autres enfants autour de vous qui vous disent « courage, Monsieur le Président, tenez bon ! » Tenez bon parce que des forces obscures rôdent, guettant le moindre signe de faiblesse de votre part pour fondre sur le pays. Tenez bon pour tout ce peuple en pleurs et dont vous êtes le seul soutien.

Tenons tous bon devant ces épreuves, devant ce sort qui semble s’acharner contre nous. Ce sont les grandes épreuves qui forgent les grands peuples. Séchons nos larmes. Hamed fut un grand homme. Pas seulement pour notre pays, mais pour toute l’Afrique. C’est pour cela qu’il fut chanté de Paris à Kinshasa, et qu’aujourd’hui il est pleuré sur tout le continent.

Frat Mat

L'éditorial de Venance Konan: culture et richesse

 

Il y a quelques jours, le président de la Fédération interprofessionnelle des boulangers et pâtissiers de Côte d’Ivoire a annoncé que le prix de la baguette de pain pourrait passer de 150 à 350FCfa dans le mois de janvier. Ces propos ont suscité beaucoup d’émotion chez certains Ivoiriens. A cette occasion, nous vous proposons, à nouveau, cette chronique publiée il y a deux ans.
C’est le premier Président de la Côte d’Ivoire, Félix Houphouët-Boigny, qui répétait inlassablement cette phrase : « Un homme qui a faim n’est pas un homme libre ; celui qui est écrasé par les préoccupations matérielles n’a ni le temps, ni la force, ni le courage de s’élever au-dessus des contingences immédiates et de se conduire en être pensant. » Il en est de même pour les pays. Comment un pays qui n’arrive pas à nourrir sa population peut-il penser à son industrialisation, à sa modernisation et y parvenir ? Aussi verrons-nous que tous les États industrialisés du monde sont, avant tout, des pays agricoles qui produisent de quoi nourrir leurs populations. Qu’en est-il de nous ? J’ai passé mon enfance dans la petite ville de Ouellé qui était alors un gros village sans électricité ni eau courante et la localité la plus proche était Daoukro. Et chaque fois que quelqu’un y allait, il savait qu’il y avait une chose qu’il devait absolument ramener. C’était du pain. Une camionnette venait de temps en temps de Daoukro pour nous vendre du pain et l’on se bousculait pour se faire servir, jusqu’à ce qu’un Libanais du nom de Hassan construise la première boulangerie de Ouellé. Le pain fait partie, depuis de longues années, de notre culture culinaire. Au kiosque, pour accompagner nos spaghettis, nos salades, nos rognons, notre café « Aboki », dans nos restaurants chics ou le matin, lors du petit-déjeuner dans nos domiciles, il nous faut manger du pain. Du pain fait avec du blé, tartiné de beurre et trempé dans du lait. Et les boulangeries ont fleuri partout, certaines se qualifiant de françaises, ce qui, je suppose, est synonyme de bonne qualité. Pourtant, nous ne produisons pas une seule tige de blé. Le beurre et le lait non plus. Ou très peu. En réalité, plus nous nous élevons dans la hiérarchie sociale, moins nous mangeons africain. Le must étant, bien entendu, la cuisine française accompagnée de vin de grande qualité et de fromage. Ceux qui sont au bas de l’échelle sociale mangent, eux, en plus du pain, le plus souvent, du riz. Du riz qui nous vient, en grande partie, d’Asie. En clair, chaque fois que nous nous nourrissons, nous enrichissons un paysan d’Europe ou d’Asie. Et nous ne comprenons pas pourquoi nos paysans sont si désespérément pauvres, pendant que ceux des autres continents vivent dans ce qui, à nos yeux, est du luxe.

De même, l’élégance chez nous consiste, pour les hommes, à porter un costume avec une cravate. Pour la femme, cela va de la robe à la jupe, en passant par le complet pagne. Quand les hommes ne sont pas en costume, ils portent souvent des chemises sur des pantalons. Ce qui est à noter, c'est que les tissus qui servent à confectionner tous ces habits sont fabriqués ailleurs ou, lorsqu’ils sont fabriqués chez nous tels que le pagne par exemple, les usines sont détenues par des capitaux étrangers. Les chaussures, les chaussettes et tous les autres accessoires tels que les sacs, les montres ou les téléphones portables sont fabriqués ailleurs. Et généralement, lorsque l’on est en haut de l’échelle sociale, on achète rarement ses habits occidentaux ici, malgré la dextérité de nos couturiers. Ce que je veux dire, c'est que lorsque nous nous habillons aussi, nous enrichissons les autres. Sauf nous-mêmes. Et après, nous sommes étonnés que les autres soient riches et nous pauvres.

Qu’en est-il alors lorsque nous voulons entrer en communion avec notre Créateur ? Nous allons en pèlerinage dans un lieu saint. Lieu saint toujours situé sur un autre continent, puisque nous sommes tous, pour l’essentiel, soit chrétiens, soit musulmans. Et comme il faut bien se loger et se nourrir lorsque l’on va en pèlerinage, nous contribuons aussi à enrichir les pays où se trouvent ces lieux saints.

La façon de nous nourrir, de nous habiller, d’entrer en contact avec l’invisible, voilà quelques éléments de notre culture d’Africains d’aujourd’hui qui ne font que nous appauvrir au profit d’autres peuples. On pourrait aussi ajouter les matériaux qui servent à construire nos maisons, à les meubler, les décorer, les appareils qui équipent nos cuisines, nos salons, nos chambres, qui nous permettent de nous déplacer. Que produisons-nous donc ? Nous affirmons, en Côte d’Ivoire, que « le succès de ce pays repose sur l’agriculture. » Mais que produit-elle, cette agriculture ? Du café, du cacao, de l’hévéa, de l’anacarde, de l’huile de palme. Bref, nous sommes, nous Africains, dans ce monde, le peuple qui produit tout ce qu’il ne consomme pas et dont il ne contrôle donc pas les prix. Le peuple qui ne consomme que ce qu’il ne produit pas et dont il ne contrôle pas non plus les prix. Est-ce sorcier de comprendre pourquoi nous resterons toujours pauvres ? Est-il possible d’inverser les choses ? Violente question, comme dirait l’autre. Mais la vraie question est de savoir si nous en avons envie.

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L'éditorial de Venance Konan: Et maintenant ?

 

Au niveau politique, il reste au Président de la République à nous proposer un nouveau gouvernement à la date qui lui plaira, et au reste des hommes et femmes politiques à se préparer pour les échéances à venir. La plus proche est l’organisation des élections législatives qui devraient renouveler notre Assemblée nationale. L’opposition s’inscrira-t-elle dans une telle démarche ? Reconnaîtra-t-elle que M. Ouattara est bel et bien le Président élu de la Côte d’Ivoire, qui, pour sa part, a besoin d’avancer sur la route de l’émergence ?
Elle devrait savoir, cette opposition, qu’elle ne trouvera plus d’oreille à l’extérieur pour l’écouter si elle veut encore poser des actes qui s’apparenteraient à une sédition ou à une défiance envers l’autorité. Trouvera-t-elle encore des oreilles en Côte d’Ivoire ? Sans doute oui. Parce que pour les suiveurs de cette opposition, la partie n’est pas encore finie et l’on peut douter qu’elle finisse un jour, tant le principal moteur de notre vie politique est la haine de l’autre. Il y en aura toujours qui, durant tout le nouveau mandat du Président Ouattara, répèteront inlassablement qu’« il a violé la Constitution, donc il est illégitime », tout comme les « Gbagbo ou rien » (Gor) n’ont cessé de répéter depuis 2010 que c’est leur champion qui a gagné l’élection présidentielle, puisque Yao Ndr’é, président de la Cour constitutionnelle d’alors, l’avait dit.

L’opposition, qui visiblement est en panne de stratégie, avait cru pouvoir parvenir au pouvoir en créant un fumeux Conseil national de transition (Cnt). Après la réaction des autorités, elle a vite dissous ce Cnt et essayé de reprendre la main en proposant un saugrenu dialogue national qui discuterait d’une nouvelle Constitution et d’une nouvelle élection présidentielle. Une idée qui fut vite enterrée elle aussi. Nous sortira-t-elle encore quelque chose d’autre de sa manche ? Rien n’est à exclure.

Le Président de la République, pour sa part, a demandé au Premier ministre de reprendre le dialogue avec l’opposition en vue de sa participation aux législatives prochaines. L’annonce d’un boycott de ce scrutin risquerait de diviser profondément cette opposition, tant il existe en son sein des hommes et des femmes qui n’ont aucune envie de sacrifier leur carrière politique pour satisfaire les lubies de vieux leaders qui ont largement terminé les leurs. Comme me l’a dit mon frère Félix, le Parti démocratique de Côte d’ivoire (Pdci) peut décréter un boycott des législatives, mais les candidats du Pdci seront dans la course. Ceux d’Affi y participeront également, même si leur leader n’a pas d’ici là recouvré la liberté, et de nombreux Gor y iront en indépendants.

La partie serait-elle ainsi terminée pour celui dont le retour au pouvoir est devenu une obsession, et pour ceux qui, bien que ne représentant absolument rien, ou si peu, aimeraient cependant participer aussi au pouvoir ? Parmi ces derniers, il y a ceux qui président des partis fantomatiques, et ceux qui ont rejoint récemment l’opposition pour n’avoir pas été choisis comme héritiers d’Alassane Ouattara.

Le rêve du premier est de bouter l’actuel locataire du palais présidentiel hors de ces locaux, et l’on peut parier qu’il est actuellement à la recherche de nouveaux moyens pour y parvenir. Il avait appelé à de grandes marches dans tout le pays. Trouvera-t-il des marcheurs ? Pour les autres, le rêve est celui d’un gouvernement d’union auquel ils seraient appelés. Le Chef de l’État y est-il disposé ? Rien n’est moins sûr. Mais si un tel gouvernement devait voir le jour, ce serait plutôt avec des partis significatifs. On peut d’ailleurs s’interroger sur l’utilité de tels gouvernements d’union où certains ministres prennent leurs instructions ailleurs qu’auprès du Président de la République.

Le Président Ouattara a annoncé ses ambitions pour la Côte d’Ivoire au cours de ce mandat. Il doit, pour résumer, rendre droit ce qui ne l’est pas encore, corriger ce qui n’est pas correct, et faire en sorte que la jeunesse ivoirienne ne soit pas une nouvelle bombe prête à exploser, faute d’espoir d’une vie meilleure. Il ne pourra atteindre cet objectif qu’en y travaillant avec une équipe qui partage cette vision, qui n’a pas un autre agenda, et surtout qui ne reçoit d’instructions que de lui.

Et l’homme de Bruxelles ? Il a déjà eu ses passeports, et a priori rien ne s’oppose à son retour au pays. Sauf qu’il n’en a pas encore fini avec ses ennuis judiciaires. Il pourrait certainement rentrer à la fin de ceux-ci, et reprendre sa place à la tête de son parti, en mettant sous l’éteignoir son épouse Simone et Affi N’Guessan, et également le Sphinx de Daoukro qui comptait sur lui pour revenir au pouvoir. Dès lors qu’il serait revenu au pays, il n’aurait plus aucune raison de faire la passe à son vieil adversaire qu’est le leader du Pdci. Lequel risque de faire face à une fronde au sein de sa formation dont de nombreux cadres se demandent dans quelle galère ils voguent. Les grincements de dents commencent à se faire entendre à l’extérieur du parti. Affaire à suivre.

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